Nous observons, depuis la démission de Faure Gnassingbé, les premiers pas balbutiants de l’opposition togolaise pour affronter l’appareil politico-militaire du Parti-Etat RPT durant les prochaines élections Présidentielles du 24 avril 2005. La question qui se pose aujourd’hui est une équation simple dont la réponse n’est pas évidente pour les observateurs de la tumultueuse vie politique togolaise : L’alternance politique est-elle possible au Togo ?
I/ De l’opposition des préalables à l’opposition des consentements tacites
S’il y a un fondement historique à l’action menée par l’opposition traditionnelle (et non radicale) des six partis regroupés au sein de la coalition de l’opposition, c’est la marque des conditions préalables à tout : dialogue mouvementé avec le pouvoir en place, exigences procédurières à la préparation et à la participation aux élections, refus d’exercer le pouvoir partagé avec une dictature sanglante : C’est ceux qui ont dit NON ! Pour les forces du changement, le coup de force de Faure Gnassingbé aura été une aubaine politique dont finalement ses leaders ont tiré peu de profit : Les exigences du retour à la légalité constitutionnelle complète sont abandonnées, et le pouvoir en place n’a fait aucune concession sur la nécessité d’un accord politique définissant un cadre politique structuré pour faciliter la transition et organiser des élections ouvertes à tous : Gilchrist Olympio vaudrait bien à lui tout seul, cet attribut TOUS. Cela s’appelle de la Real Politique, même si on se refuse à négocier un minimum de protection (la participation des forces impartiales de la CEDEAO par exemple) pour garantir la sécurité des leaders de l’opposition durant la campagne électorale qui s’annonce plus difficile que prévue à l’intérieur du pays. Les déplacements sont donc réduits au strict minimum vital pour Gilchrist Olympio : un petit tour et puis s’en va ! Pour des raisons évidentes de sécurité.
Pire encore, l’opposition togolaise se rebiffe et confie l’organisation des élections au gouvernement des putschistes, dans la continuité du Parti-Etat RPT qui doit organiser les élections pour les perdre ! Il sera difficile de trouver sur le continent africain, des dictatures en charge d’organiser des élections transparentes, et quitter le pouvoir sans aucun réflexe de conservation ou de survie.
II/ Un échiquier politique tendu et obtus pour la partition des démocraties molles
L’échiquier politique togolais est tendu et il ne fait pas bon vivre d’être au centre, quand les forces du conservatisme et du changement s’affrontent, mal ! La frange dite modérée de l’opposition est assimilée à tort ou à raison, à ceux qui ont dit oui à tout, à force de concession et de compromission non dénués d’arrière pensée. Pour la plupart d’entre eux, la raison unique de cette proximité avec le pouvoir du défunt Eyadema est de se faire ou se refaire une santé financière fragilisée par 12 ans de luttes infructueuses. En somme, les hommes de pouvoir n’aiment pas l’opposition. Edem Kodjo et Zarifou Ayeva sont sans doute dans une posture délicate, pour des leaders qui historiquement, incarnaient le changement progressif (discutable malgré tout) au sein de l’opposition togolaise. En dénonçant, non pas dans le fond, la désignation du candidat de l’opposition traditionnelle Bob Akitani, crédité d’un score honorable aux dernières élections de 2003, les démocrates du centre, Dahuku Péré inclus, s’isolent d’avantage dans un entêtement imbécile à jouer une partition totalement incompréhensible tout en évitant soigneusement se rapprocher définitivement du RPT.
Ce grand écart de l’opposition dite modérée (un non-sens politique de taille) est une profonde aberration .Les discours sur la méthode de ses leaders sont aussi creux que pompeux quand ils dénoncent maladroitement l’autoritarisme de l’UFC, comparé sobrement à la dictature du RPT. Entre deux chaises, les amitiés d’hier et la tentation de la compromission aujourd’hui, ils préfèrent ne pas s’asseoir tout simplement. Ce qu’ils se gardent bien d’expliquer, c’est la règle de la majorité évidente qui s’applique et s’impose à tous au sein de la coalition, par opposition justement à la dictature des minorités qu’ils ont imposée par le passé. Il ne peut en être autrement aujourd’hui, lorsqu’on se rappelle le zèle des minoritaires (Ex UTD devenu subitement parti charnière du Togo) à signer une alliance contre-nature avec le RPT, juste pour un poste éphémère de Premier Ministre. Les Togolais n’ont pas la mémoire courte. L’opposition majoritaire non plus !
III/ Vers une candidature Unique de l’Opposition togolaise plurielle : pour une stratégie inclusive et non exclusive
La coalition des six partis de l’opposition est une première étape déjà dépassée, compte tenu des enjeux à venir, et nous sommes préoccupés pour plusieurs raisons.
Nous sommes préoccupés de constater que Bob Akitani n’a pas encore pris la dimension internationale que sa stature de chef de l’opposition lui confère. Les relations internationales ont un sens et leurs exigences ne peuvent souffrir d’aucun impair. Le bon sens voudrait un déplacement logique au minimum auprès des pays frontaliers et des puissances régionales africaines.
Nous sommes préoccupés de constater que le sentiment d’exclusion des uns et des autres, prend le pas sur la volonté de rassembler et d’unir l’opposition togolaise dans son ensemble. Le simple fait pour Léopold Gnininvi de ne pas avoir participé à un meeting a suffi pour le rendre suspicieux et mettre en émois les partisans de l’UFC.
Nous sommes préoccupés de constater que le temps est maintenant compté pour l’opposition traditionnelle qui doit faire un pas décisif vers les autres forces de l’opposition. Il en est de même pour les transfuges du RPT qui ont un rôle crucial à jouer qu’on le veuille ou non, dans ces moments délicats. Ils ont pris un risque considérable dans les conditions qui ne sont pas simples, et leur opposition au RPT ne doit pas être négligée ou mésestimée. Ils ne doivent en aucun cas, rejoindre le parti qu’ils ont combattu ces dernières années.
L’objectif de notre démarche est évidemment simple et compréhensible : la stratégie de conquête ne peut être exclusive mais inclusive, ouverte à tous, pour enlever définitivement toute chance au RPT, même dans son rêve fou et insensé de conserver le pouvoir à tout prix.
Que l’on ne nous explique pas de manière procédurière, qui doit faire le premier pas ou le dernier. Les échos du Togo profond sont suffisamment préoccupants pour s’affranchir des débats de pure forme sur l’opportunité d’un tel rapprochement. Il appartient au leader désigné de l’opposition, Bob Akitani de rassembler, d’unir et de fédérer, dans une démarche volontaire, toutes les forces démocratiques avec un seul mot d’ordre : tourner définitivement les pages sombres de la dictature du RPT et ouvrir une nouvelle ère pour les forces démocratiques du changement.
Peut-on accepter le rôle perturbateur passif ou d’engagement volontaire de Dahuku Péré ?
Ce rôle perturbateur consiste à encourager Péré à se présenter aux élections présidentielles, compte tenu de son agacement suite à la réunion de Libreville où il lui est conseillé de ne pas polluer la campagne de Faure Gnassingbé en échange de sa réhabilitation politique. Sa participation enlèvera aux putschistes l’illusion de faire le plein dans les fiefs traditionnels du RPT, étant entendu que sa fibre de rénovateur passera d’avantage que la l’excitation de la succession héréditaire des Gnassingbé. C’est un bon compromis. Le second rôle prendra la forme d’un engagement fort de Péré en faisant campagne pour la victoire de l’opposition togolaise.
Et pourquoi pas finalement, un duo exécutif Akitani-Péré ? Président et Premier Ministrable. J’entends déjà des oreilles siffler, mais n’ayons pas peur des mots ni des idées… Bob Akitani étant désigné comme candidat unique de l’opposition pour la présidentielle, il sera, nous le souhaitons, élu avec une majorité confortable. Dahuku Péré pourrait avoir la charge de la primature transitoire pour accomplir les réformes de l’État dans toutes ses composantes, moderniser les institutions et créer les conditions définitives d’instauration de la démocratie au Togo.
Il faut donner de la visibilité à tous et rassurer : Afficher clairement la couleur en présentant le ticket gagnant des élections et de l’exécutif futur (Président et Premier Ministrabl ) est un précédent historique qui sera inscrit dans les lettres de noblesses de la démocratie Africaine.
Le message pour nos populations sera très clair et favorablement perçu par tous. Nous sommes convaincus que la victoire dépend étroitement de la mise en place effective d’une stratégie inclusive regroupant l’ensemble de l’opposition togolaise.
Notre message est sans ambiguïté : la coalition des six partis de l’opposition est une première étape déjà dépassée, compte tenu des enjeux à venir. Elle doit céder la place à un mouvement plus large, incluant toutes les sensibilités de l’opposition sans exclusive. L’opposition togolaise doit se regrouper au sein d’un nouveau mouvement; l’Union des Forces du Changement Démocratique (UFCD) ou l’Union des Forces Démocratiques pour le Changement (UFDC). C’est selon !
Alors la victoire sera sans concession, y compris dans les fiefs les plus reculés du RPT qui doit subir une défaite cinglante le 24 avril prochain. Et nous célèbrerons notre indépendance le 27 avril 2005, dans la dignité retrouvée.

